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Incroyable mais vrai

Lundi 24 décembre 2001

Au cours des seize derniers mois, mon personnel a dû subir les humiliations aux check-points israéliens deux fois par jour, sur le trajet vers le bureau, puis au retour à la maison. Chaque jour, on me rapporte des histoires épouvantables, qui en sont venues malheureusement à constituer notre vie «normale» - attentes prolongées (4 à 5 heures parfois pour effectuer un trajet qui prend normalement 20 à 30 minutes), engueulades, traversées dans la boue, obligation d'escalader des talus, passage refusé, etc., etc., etc.

Toutefois, ce qui m'a été raconté ce matin est vraiment particulier, si extraordinaire qu'il me faut en faire état. Un de mes directeurs habite à Bir Zeit, à sept minutes de Ramallah. Lorsqu'il est arrivé au check-point de Surda, deux heures avant le début de la journée de travail, il s'est trouvé confronté à un nouveau genre de soldats israéliens. Dans le cadre du renforcement de tous les check-points aux abords de Ramallah, décidé par Sharon afin d'empêcher le Président de l'Autorité Palestinienne Yasser Arafat de se rendre à la messe de minuit à Bethléem, Israël a déployé des soldats de la phalange libanaise pour s'occuper de la population. Il s'agit de ces soldats pro-israéliens qui ont rejoint les rangs des forces de défense israéliennes au Sud Liban, lorsqu'Israël a envahi ce pays en 1982.

Face à près de deux cent personnes arrêtées en plein trajet vers leurs lieux de travail à Ramallah, le soldat, dans un arabe parfait à l'accent libanais, a ordonné aux Palestiniens de former quatre rangées: les jolies femmes, les femmes laides, les hommes de plus de 40 ans, ceux de moins de 40 ans. Bien obligés de rejoindre Ramallah pour y gagner leur vie, les gens se sont exécutés, formant trois rangées: les femmes, les hommes de 40 ans et plus, ceux de moins de 40 ans. Ce salaud de soldat israélien entreprit alors de passer en revue la rangée des femmes, séparant celles-ci en belles et laides selon ses goûts.

Arrivé à hauteur d'une femme qui est une des amies de mon directeur, il lui demanda de cesser de bavarder avec l'homme. Celui-ci lui fit remarquer que le soldat devait être un Libanais. Le soldat entendit cette remarque, fit sortir l'homme de la file, et lui demanda de lui montrer ses papiers. Lorsqu'il vit que son nom de famille était Zeideh, et qu'il était chrétien (Israël exige la mention de la religion sur les cartes d'identité délivrées aux Palestiniens), il dit avec un petit rire, mais à haute voix, qu'il valait mieux que les autres musulmans de la file. Mon directeur, bien au fait des subtilités politiques, mentit pour provoquer le soldat, en lui disant qu'il était un chrétien orthodoxe. Le soldat changea aussitôt de ton, lui criant que s'il en était ainsi, alors il était le rebut du genre humain. Le soldat était bien loin de se douter que la famille Zeideh est une des branches de la famille Khazen, une des familles célèbres du Liban.

Le soldat demanda alors à mon collaborateur s'il était déjà allé au Liban. Comme il refusait de répondre, le soldat lui dit qu'il voulait lui poser une autre question: «Comment se prononce le mot tomate?» Il répondit par deux variantes, lui demandant laquelle des deux il souhaitait entendre. Cette réponse mit le soldat en fureur, qui se voyait ainsi démasqué par le Palestinien: il s'agit en effet d'une méthode discriminatoire autrefois utilisée au Liban par les soldats pour distinguer, à la prononciation différente d'un même mot, les Palestiniens des Libanais - une application de la méthode vieille comme le monde: diviser pour régner.

À ce point, le soldat se saisit de mon collaborateur, et l'affrontement était proche d'éclater. Par chance, un autre soldat plus haut gradé s'approcha, vit que la situation devenait explosive, et ordonna la dispersion, tout le monde pouvant enfin reprendre sa route.

Tels sont le racisme, la discrimination, l'humiliation, l'arrogance à l'état pur et l'occupation militaire auxquels sont exposés les Palestiniens et qu'ils dénoncent au monde entier. Voilà à quoi les Palestiniens finiront par mettre un terme, avec ou sans le consentement des États-Unis! Joyeux Noël.

Sam Bahour
Trad. de l'anglais par Giorgio Basile
http://www.solidarite-palestine.org

Sam Bahour est palestino-américain, directeur général de l'Arab Palestinian Shopping Centers (http://www.apic-pal.com). Il réside dans la cité assiégée d'al-Bireh (Ramallah), où on peut le joindre à l'adresse sbahour@palnet.com.



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